Mon enfance dans le foyer d’une personne alcoolique

Je m’appelle Maud, j’ai 35 ans, je suis mariée, j’ai 2 enfants, un métier que j’aime, de la famille, une belle-famille, des activités. Je suis heureuse, très heureuse même.

Il y a 6 ans, je vous aurais dis la même chose, sauf que j’avais 29 ans et pas d’enfants. Mais j’étais heureuse, très heureuse même. Alors, comment imaginer que l’enfer de la dépression m’attendait ?

Il y a 6 ans, j’avais tout pour être heureuse. J’étais enceinte, je regardais à l’échographie ce bébé dans mon ventre. On m’annonçait que c’était un petit garçon.

Oui, mon père est alcoolique, depuis que je suis née. Oui, j’ai eu une enfance difficile. Mais c’est loin derrière moi tout ça.

Oui, je sais, mon père est toujours vivant et toujours alcoolique, mais je n’habite plus dans la même ville. Je ne vais pas le voir souvent. Son alcoolisme ne m’affecte plus, je suis adulte maintenant et bientôt maman. Et puis en fait, je n’y pense même pas à son alcoolisme…

Ma grossesse a commencé à être difficile. Je dormais mal, j’avais des pensées obsessionnelles. Je n’allais pas bien mais il fallait que je tienne. Après l’accouchement, ça irait mieux, j’en étais sure. Raté…après l’accouchement, ce fut pire ! J’ai tenu jusqu’aux 9 mois de mon fils, avant de demander une véritable aide psychiatrique et médicamenteuse. Le diagnostic était posé : dépression post-natale. Je n’avais qu’une phrase à la bouche à qui voulait m’entendre : mon père est alcoolique, mon père est alcoolique, mon père est alcoolique…

Cet alcoolisme que j’ai voulu oublier revenait dans ma tête et ne me lâchait plus. Il fallait que je parle, il fallait que je vomisse, il fallait que je pleure, il fallait que je souffre, il fallait que je raconte cette enfance et cette adolescence difficiles.

Mon enfance avec un père alcoolique fut une enfance dans la honte. J’avais honte et il fallait le cacher à tout prix. N’en parler à personne, inviter peu de monde à la maison. Il n’y a qu’à mon frère que je pouvais en parler.

Mon enfance avec un père alcoolique fut une enfance dans la peur. On habitait au 4ème étage sans ascenseur. Je me souviens monter ces 4 étages et faire des prières : « Pourvu qu’il n’ait pas bu, pourvu qu’il n’ait pas bu ». Je tournais la clé de la porte doucement, et je priais. Je savais tout de suite à son pas s’il avait bu ou pas. Si son pas était normal, je soupirais de soulagement et allait souriante vers mon père. Mon père, quand il n’a pas bu, est un super papa.

Mais si son pas était lent, il était alcoolisé et mon estomac se nouait. Mon père a l’alcool méchant. Qu’allait-il arriver encore ? Allait-il encore taper mon frère ? Allait-il encore me raconter sa dernière tentative de suicide ?

Mon enfance avec un père alcoolique fut une enfance dans l’imprévisibilité. Ce qui marchait un jour ne marchait pas forcément un autre jour. Comment savoir ce qu’il voulait aujourd’hui ? Pour ne pas soulever sa colère, j’avais trouvé le truc : être parfaite. Pour cela, j’ai du taire mes besoins, mes envies, mes émotions. Je me faisais toute petite pour ne pas le déranger, je n’existais plus.

Quand j’étais enfant, je culpabilisais, je croyais que c’était de ma faute si mon père était comme ça.

Aujourd’hui, j’ai guéri de mon enfance, je suis adulte. Je n’en veux plus à mon père, je me suis détachée de lui, j’ai enlevé ma culpabilité. Je sais que c’est lui qui souffre le +, ce n’est pas moi.

Cependant, que je sois enfant ou adulte, j’assiste toujours impuissante à la souffrance de l’autre.

Papa, je t’aime.

2 Commentaires

  1. Bonjour, tu as posté ce message en 2014.. sûrement pour te soulager de ce fardeau.
    je te lis et je vois ma vie dans ton témoignage, j’en ai eu des frissons.
    Père alcoolique, violent envers moi quand il avait bu.. je n’arrive pas à passer le cap de passer outre..
    3 ans que je me bat contre une dépression sévère, 2 hospitalisations pour essayer de me relever.. a cause de lui.
    Personne ne sait ce qui ce passe chez moi, j’ai tellement honte d’en parler..
    J’espère comme toi un jour être soulagé de ce poids en moi.
    Merci de ton texte, ça donne espoir. Te souhaitant le meilleur avec ta petite famille.

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    • Bonjour Karo,

      J’ai écrit ce message il y a 2 ans. Et ce que je peux te dire, c’est que je vais encore mieux qu’il y a 2 ans!

      Pour m aider à remonter la pente, l association Alanon m a beaucoup aidé.
      J’ai aussi parlé de mon enfance autour de moi: Famille, amis, connaissance, collègues de travail même. Aucun ne m’a jugé ni ne m’a rejeté.

      Saches qu’il est possible de s en sortir, même si parfois, cela peut sembler long, très long, trop long…

      Bon courage a toi. Et Fais toi confiance.

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