Yves, alcoolique

Yves, 56 ans, fils d’alcoolique
« N’oublie jamais que tu es quelqu’un de bien »
C’est le message qu’il délivre aux enfants d’alcooliques, car à l’évidence, ceux-ci doutent beaucoup à ce sujet.
Yves a vraiment le look d’un marginal, à cette différence près : il est alcoolique. C’est-à-dire que depuis plus de 20 ans, il est membres des Alcooliques Anonymes et ne consomme que des tisanes et de l’eau gazeuse.
Il décrit un père violent et absent émotionnellement. Pour combler ce manque, Yves est tombé dans l’alcool, le jeu, les drogues les plus dures. Ses deux frères aussi ont rencontré l’alcool, l’un en est mort, l’autre est abstinent depuis 30 ans. Il raconte que la véritable sobriété, émotionnelle, a mis du temps à suivre l’abstinence. Sur sa route, il a rencontré des amis privilégiés qui lui ont fait découvrir la gratitude exprimée dans toutes les langues « Muchas gracias », s’exclame-t-il devant toutes les belles choses de la vie. De ses séjours au Québec, il rapporte le souvenir de fraternités AA vivantes et simples, où il a vu des « bikers » s’agenouiller en déclarant : « Je suis un être unique et merveilleux ». Dans des « intensifs », il a « fait sa 4 et 5 », c’est-à-dire l’inventaire sérieux et courageux de ses défauts, un pas capital vers le rétablissement. Son « relèvement » l’a conduit à payer ses dettes, à gérer ses finances, à assumer ses responsabilités. Les « substances » ont perturbé son sommeil, il le sait et ne se plaint pas. Au cours de son sevrage toxico, il a sniffé le Subutex et s’est brûlé les poumons : il doit désormais être sous oxygène. Alors comme il ne peut changer le passé, il l’accepte sans se plaindre. Deux fois par jour, il prie à genoux et ne manque jamais ses lectures quotidiennes et ses « meetings » trois fois par semaine. Cela lui permet de s’accrocher quand la vie devient trop difficile : sa fille souffre d’anorexie-boulimie (comme beaucoup d’enfants d’alcooliques), lui-même est sujet à des dépressions sévères, allant jusqu’à l’hospitalisation. Dernièrement, il a trouvé sa vocation : avec sa petite bouteille d’oxygène sur le dos, c’est lui le boute en train qui entraîne ses compagnons dans de belles promenades au bord de la mer.

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